Coup de tonnerre à l’annonce de la victoire d’un SSV Can-am lors la première manche du Championnat de France d’Endurance. Depuis, la récolte de lauriers des équipages ayant fait le choix du Maverick X3 n’en finit pas. Rudy Roquesalane pavient avec un insolent succès à transformer un engin de loisirs en une bête de compétition squatteuse les podiums – Drivers Insight s’installe à la place du copolote afin de découvrir l’engin dans le desert Marocain avec son créateur au volant.

Par Didier Griffoulière – Photos : motor-lifestyle.com

 

La révolution SSV annoncée est en train de prendre de l’ampleur. Alors que les Polaris squattaient le podium de la catégorie lors du dernier Dakar Sud-Américain, que Stéphane Peterhansel en personne participe plus qu’activement au développement du Yamaha 1000R XYZ et qu’en Championnat de France d’Endurance un Can-am l’emporta au scratch à Bordeaux, c’est désormais sur les rallye raid africains que ces petits monstres jouent les trouble-fête au milieu des classements commun auto et camion. 20e sur l’Africa Eco race 2017, 4e et 5e sur le récent Morocco desert challenge, c’est encore un Can-am Maverick X3 qui se distingue en remportant au scratch le dernier Carta rallye.

Préparé récemment par son pilote Rudy Roquesalane, ce coup d’essai fut un coup gagnant.

Dans le monde des loisirs, BRP (Bombardier Recreational Products) se lança en 1998 dans le monde du quad assez tardivement par rapport à d’autres de ses concurrents. Mais en 2002 il lance le Traxer puis le Commander sur le marché devenu incontournable des SSV (side by side vehicles). Mais, ceux qui avait tout l’air d’un simple engin utilitaire se sont muté récemment en machine de loisirs. Avec le 1000 XDS la marque introduisait le turbo, mais en 2016 avec le Maverick X3 Can-am frappe fort comme on l’a toujours fait dans le groupe Bombardier depuis le lancement du légendaire Ski-doo en 1959. Avec ce gros jouet ce Can-am s’impose directement comme le concurrent du Yamaha 1000R YXZ au look plus conventionnel.

Mais, l’évolution technique et les performances du Maverick X3 ne pouvait qu’interpeler le patron de RR Concept. Toujours passionné d’offroad et d’innovations, Rudy décide de se pencher sérieusement sur ce nouveau venu qu’il a eu l’occasion d’essayer. Comme beaucoup d’autres en ce moment, l’idée de se lancer en compétition à bord de cet enfant terrible enfin fiable et optimisable à moindre coût, le tente. C’était parti pour un nouveau défi.

Le tableau de bord tout en plastique ne craint rien. Il est ici préparé avec les équipements nécessaires au rallye raid.
Sur la console centrale Rudy a ajouté un support aluminium avec le GPS Garmin Map 278 et deux contrôles de température moteur. Le second manomètre affiche la température de la courroie (sondage par infra-rouge).

Préparation Rallye raid

De par sa conception et la finition de son produit, Can-am offre à ses clients un véhicule qui les satisfera à 100% sans aucune préparation. Mais, si l’on a dans l’idée de se lancer en compétition, le passage par l’atelier est obligatoire.

L’arceau d’origine à été démonté afin de laisser place à une version en acier 25CD4S répondant aux normes sportives FFSA. L’arceau FIA répondant aux normes FIA (article 253), c’est pour bientôt. Les différences seront mineures. Le toit est désormais en aluminium fixé par des ¼ de tour.

L’essentiel étant de répondre dans un premier temps aux normes de sécurité FFSA, Rudy est donc contraint de démonter l’arceau d’origine afin de la remplacer par un équivalent en acier 25 CD 4S. Mais l’on connaît Rudy et il n’est pas du genre à s’arrêter au minimum vital.

Les assises d’origine ont été remplacées par des baquet et harnais Sparco homologués. Les supports sont signés RR Concept

Outre sièges baquet, harnais et coupe circuit obligatoires, guidé par son expérience, il décide de passer le radiateur de refroidissement à l’arrière. Moins exposé, celui-ci peut aussi être surdimensionné. Vase d’expansion aluminium, durites silicone suivent.

Mécaniquement, le plus important de cette préparation fut le passage du radiateur sur mesure et surdimensionné dans cette position en hauteur derrière les passagers. On note le ventilateur Spal et l’ensemble des durites silicone. Le cric est son support aluminium sont à portée de main. Un ensemble qui fait partie d’un kit RR Concept.

Il s’attaque ensuit à l’échappement. Très sport avec ses 3 sorties, il a l’inconvénient d’être lourd et occupe la place de la future roue de secours que Rudy souhaite placer au plus bas. Il est donc remplacé par un échappement maison. On y gagne tout de même 13kg. Un petit réservoir d’eau ensuite place au centre de la roue de secours. Le cric et la pelle indispensables en rallye raid sont aussi de la partie arrière de ce X3.

Les pneus ITP en 255/ 80 x 14 sont montés sur des jantes ITP à beadlock. Celle-ci offrent plus de déport pour des voies qui atteignent 1980 mm (soit 100 mm de plus).

L’autre gros chantier se trouve au niveau du train avant. En effet, si le train arrière fait appel à de gros bras tirés inspirés des Trophy truck US, assortis d’une barre stabilisatrice, ne nécessitent aucune intervention, l’avant et sa double triangulation doit être revu et corrigé. Si l’ensemble est solide, la faiblesse se situe au niveau des ancrages des triangles. Rudy résout le problème grâce à un kit de renfort qu’il conçoit et qu’il faudra simplement boulonner.

Le Maverick déjà bien campé sur ses pneus larges est ensuite encore optimisé grâce au montage de jantes ITP avec plus de déport qui permettent de faire gagner pratiquement 100mm au niveau de la largeur des voies. Avec ses pneus en 255/ 80 x 14 Ultra cross, notre SSV était fin prêt pour l’aventure.

Un mini buggy

Dès que l’on monte dans ce SSV, c’en est fini de la sensation étrange de rouler à bord d’un véhicule destiné au green d’un golf. Si l’ambiance tout plastique persiste pour le plus grand bonheur de ceux qui destine leur SSV à la boue, la position de conduite en dit long sur l’idée qu’avait Can-am en construisant le Maverick. Assis très bas, on se sent comme à bord d’une GT sportive, les pédales bien dans l’axe, le petit volant et son à plat inférieur qui permettent un meilleur accès. On règle la position du volant, du siège ce qui permet aux grands comme plus petits de trouver leur position confort facilement.

Il suffit ensuite de pousser le bouton “Start“ de tirer le levier sur “H“ et de mettre les gaz. Là, c’est le choc de l’accélération. Incroyable Maverick qui vous propulse dans le monde de la performance en moins de 5 secondes. Oui, on a déjà atteint les 100 km/h. Penser donc, il suffisait pourtant de lire la fiche technique du monstre. Avec sous le pied 154 ch pour 780 kg, les plus sceptiques auront à coup sur le coup de foudre après le coup de pied au… Le X3 fonce et l’on se demande quand on atteindra la limite tant la transmission CVT est sans à coup. Le moteur turbo essence grimpe dans les tours à l’arrière. Seul le souffle du vent attenu ses rugissements qui atteignent 7 500 tr/mn dans le rouge.

Mais déjà les premières bosses et saignées sont en vue. Arrivé dessus, on lève le pied, réflexe classique qui permet garder de la réserve de puissance afin de délester l’avant sur l’obstacle…Bon, oublier vos bons vieux automatismes. Avec ce Can-am, continuer plein pot et ça passe comme avec un tapis volant.

 

Côté suspensions les amortisseurs Fox arrière sont à bonbonnes séparées et les tirants sont assortis d’une barre stabilisatrice. Les Fox et le train arrière restent d’origine.

 

Les suspensions Fox disposant de pratiquement 600 mm de débattement au total, absorbent tout sans effet secondaires à l’atterrissage. Ajouter à cela une répartition du poids presque idéale (44/ 56%), et en plus ça vole à plat. A ce rythme on se dit que l’on est à la limite de cette machine et que l’on va bien lui trouver un défaut. Non, car entre garde au sol de pratiquement 400 mm et un centre de gravité très bas, il faut vraiment chercher à défier les lois de la pesanteur pour qu’un obstacle l’arrête et espérer terminer sur le toit. Les trajectoires sont faciles, entre freins puissants et direction assistée efficace (réglable), les placements et la glisse sont un vrai bonheur…Et ça tient le pavé de façon extraordinaire jusqu’à 140 km/h (vitesse maxi avec ce moteur resté stock…Pour l’instant).

Il nous restait le casse-tête des dunes et ses choix. Face aux montagnes de sable et l’inconnu que représente l’autre versant de chaque sommet, on se disait qu’il allait bien falloir descendre jouer de la pelle. Pas question. Il suffit d’appuyer sur le bouton “Sport“ (on oubliait, jusqu’à maintenant on était en mode “Eco“ !), pour se retrouver avec un X3 encore plus vif dans le sable peu porteur. Le différentiel avant automatique et la transmission CVT particulièrement étudié pour encaisser le couple et ne pas avoir de latence à la remise des gaz, permettent toutes les folies là où en général l’hésitation est synonyme de punition. Mais pourquoi hésiter ? En effet, plus besoin de chercher sa voie dans le labyrinthe des Ergs.

Tout est prévu pour démonter les roues le plus rapidement possible.

 

Le Can-am comme ses concurrents passe partout et la seule contrainte sera bien d’avoir à surveiller le niveau de carburant, car on l’oubliera vite, mais avec un réservoir de 40L et une consommation proche des 25L au 100 km en moyenne, la menace n’est plus l’ensablement mais bien la panne sèche. D’ailleurs il faudrait qu’on pense à rentrer, il n’y a pas de boîte à gants à bord de ce petit monstre pour les barres de céréales, compagnes traditionnelles de tous ceux qui ont connus les nuits passées dans les dunes.

Vous l’avez compris, avec ce Maverick X3, Can-am a fait franchir un cap à ce que l’on dénomme le SSV. Conçu comme un petit buggy, reprenant des solutions techniques issues de la compétition au niveau des suspensions et une fiabilité enfin au rendez-vous en ce qui concerne les transmissions, l’engin séduit.

Pour Rudy Roquesalane, cette préparation (environ 15 000 €) répond à la demande d’une machine abordable (30 000 € en version RS), ludique et performante. Si Rudy ne renie pas ces Land Rover qui furent à l’origine de sa passion pour l’offroad …En compétition il leur est impossible aujourd’hui d’aller à la perf en rallye raid pour un prix raisonnable, y compris avec un Bowler… Aussi, comme il l’a toujours fait le patron de RR Concept est parti pour une nouvelle aventure et avant de proposer kits, accessoires et préparations, il est allé tester ses productions en condition de course. Résultat ? Une victoire au scratch sur le Carta rallye 2017 en avril dernier. On n’a pas fini de parler du Maverick X3.

 

Rudy Roquesalane et Vincent Ferri passent la ligne d’arrivée à M’Hamid en vainqueur au scratch de l’édition 2017 du carta rallye.
Avec ce SSV, pas vraiment besoin d’une assistance importante. Durant 8 jours, seul une soudure de triangle de suspension avant donnera des signes de faiblesse. Comme sur les Land Rover qui ont fait la réputation de RR Concept, les coûts d’entretien et de réparation sur ce SSV seront à la portée de presque tous en compétition. Rudy prévoit déjà une formule assistance rallye raid à proposer à ses clients qui comme lui auraient le coup de foudre pour ce petit monstre surdoué.
Grâce à sa conception à double triangle, bras tirés et l’utilisation d’amortisseurs Fox 2.5 Podium RC2 HPG de type “Piggyback“ avant et Fox 3.0 Podium RC2 HPG à l’arrière (réglages de la compression double-vitesse et en détente), le Maverick X3 peut jouer les tapis volant du haut de ses 600 mm de débattement.
Le Can-am Maverick X3 stock est aujourd’hui vendu entre 26 099 € et 29 999 € en version X RS comme le modèle présenté ici.

 

Le moteur 3 cylindres turbo essence Rotax ACE s’impose aujourd’hui comme le plus puissant du marché avec 154 Ch à 7 500 tr/min et 153 Nm de couple à 7 000 tr/min… Résultat un 0 à 100km/h en seulement 5 secondes. La filtration de l’air a été particulièrement soigné avec 3 prises d’air surdimensionnées, idéalement situées qui alimentent le moteur et la transmission CVT.

 

Côté échappement est aussi un version maison qui a permis de gagner environ 13 kg. De plus, l’échappement d’origine était dans l’axe à l’endroit où se trouve désormais la roue de secours qui devait être placée au plus bas pour un centre de gravité optimal.
Les dessous bien protégés avec cette plaque de protection HMW (High Molecular Weight) ultra-robuste prévue pour l’offroad.

 

 

Dans la roue de secours, un réservoir de 10L d’eau (obligatoire sur le rallye), est venu prendre place. La pelle de désensablage est aussi rapidement disponible en cas de besoin.

 

Le compresseur Viair a enfin trouvé un recoin après mure réflexion. Il servira évidemment pour le gonflage des pneus.
Rudy n’oublie pas l’origine de sa passion pour l’Offroad. Les bavettes obligatoires sont celles d’un Defender d’origine. Des protections sont aussi installées devant les roues arrière afin d’éviter les projections de pierre qui peuvent carrément s’incruster entre disques et jantes.

 

Données techniques (d’origine) :

Moteur Turbo R

Rotax ACE (Advanced Combustion Effciency) à trois cylindres essence de 900 cm3 et turbocompresseur.

Puissance :

154 ch

Couple

153 Nm à 7 000 tr/min

 

Boite de vitesses

Type CVT avec système d’engagement rapide X (QRS-X) et débit d’air amélioré, vitesse courte, vitesse longue, marche arrière, positions frein de parking et point mort

Transmission

Sélecteur de mode 2×4 / 4×4 avec différentiel avant à verrouillage automatique Visco-Lok X

Châssis

Acier Dual Phase 980

 

Le châssis du Can-am est léger car réalisé en acier Dual Phase 980. Très robuste, il résiste bien à la torsion.

 

Direction

Assistée tri-mode (DPS)

Suspensions avant

Double bras triangulaires avec barre stabilisatrice typée “Trophy trucks“, débattement de 559 mm. Amortisseurs Fox 2.5 Podium RC2 “Piggyback“ avec réglage de la compression double vitesse et de la détente.

Suspensions arrière

Bras triangulaires d’articulation à torsion X (TTX), quatre bras, avec barre stabilisatrice, débattement de 610mm. Amortisseurs à réservoir séparés Fox 3.0 Podium RC2 avec réglage de la compression double vitesse et de la détente

Freins avant

À disques ventilés de 262 mm avec étriers hydrauliques à deux pistons

Freins arrière

À disques ventilés de 248 mm avec étriers hydrauliques à deux pistons

Pneus

Maxxis Bighorn 2.0 en 30/10 x 14

Jantes

Aluminium en 14’ avec beadlock

Dimensions

L x l x H : 3 353mm x 1 829mm x 1 702mm

Empattement : 2 591mm

Garde au sol : 381mm

Poids : 719 kg

Réservoir : 40L

BONUS TRACK: L’histoire d’un constructeur de génie, J.A. Bombardier

  • 1922 : Le très jeune Québécois Joseph-Armand Bombardier monte un moteur sur un traineau et pose les bases de la “moto neige”
  • 1937 : Bombardier dépose le premier brevet d’autochenille pour la neige
  • 1947 : Production en série de l’Auto-Neige
  • 1959 : Lancement de la motoneige Ski-Doo
  • 1968 : Lancement du jet ski Sea-Doo
  • 1969 : Bombardier entre en bourse
  • 1970 : Bombardier achète Rotax
  • 1972 : Lancement des motos de TT Can-Am
  • 1973 : Le millionième Ski-Doo sort des chaînes de production
  • 1983 : Le développement des motos Can Am est confié à CCM, en Angleterre
  • 1987 : Fin des motos Can Am
  • 1993 : 2 millions de Ski-Doo produits
  • 1997 : 500 000 Sea-Doo produits
  • 1996 : Début des études sur le Spyder
  • 1998 : Lancement du quad Bombardier (Le Traxer)
  • 1999 : Premier prototype roulant du Spyder
  • 2000 : Premiers points de vente au Japon
  • 2001 : Rotax construit son 5 millionième moteur
  • 2002 : Lancement du premier SSV Bombardier
  • 2003 : Naissance de la marque BRP (Bombardier    Recreational Products)
  • 2005 Un Quad Can-am remporte la catégorie sur le Dakar
  • 2006 : Renaissance de la marque Can Am en Europe
  • 2007 : Présentation du Spyder
  • 2010 : Prototype de Spyder à moteur hybride
  • 2013 : Le 3 millionième Ski-Doo sort des chaînes
  • 2014 : Lancement du SSV utilitaire Commander
  • 2015 : Le 100 000ème Can Am Spyder sort des chaînes
  • 2016 : Lancement du SSV Maverick X3